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Opinion : les BMD doivent continuer à agir en tant que système pour relever les défis actuels (9 octobre 2025)

La transformation de “milliards en billions” pour le financement du développement n’a pas encore abouti. Voici comment les banques multilatérales de développement mobilisent leur puissance collective pour créer des emplois et mobiliser davantage de capitaux privés en faveur des ODD.

Par Carlo Monticelli // 9 octobre 2025

Publié à l’origine sous forme d’article d’opinion sur Devex.com

Les dirigeants du Groupe des BMD réunis lors des réunions de printemps 2025 du FMI et de la Banque mondiale à Washington, D.C. De gauche à droite : Anil Kishora (NDB), Mohammed Sulaiman Al-Jasser (IsDB), Odile Renaud-Basso (BERD), Masato Kanda (ADB), Ajay Banga (Banque mondiale), Kristalina Georgieva (FMI), Carlo Monticelli (CEB), Akinwumi Adesina (ancien directeur de la BAD), Nadia Calviño (BEI), Ilan Goldfajn (BID) et Jin Liqun (AIIB). Photo : © Banque mondiale
Les dirigeants du Groupe des BMD réunis lors des réunions de printemps 2025 du FMI et de la Banque mondiale à Washington, D.C. De gauche à droite : Anil Kishora (NDB), Mohammed Sulaiman Al-Jasser (IsDB), Odile Renaud-Basso (BERD), Masato Kanda (ADB), Ajay Banga (Banque mondiale), Kristalina Georgieva (FMI), Carlo Monticelli (CEB), Akinwumi Adesina (ancien directeur de la BAD), Nadia Calviño (BEI), Ilan Goldfajn (BID) et Jin Liqun (AIIB). Photo : © Banque mondiale

Les banques multilatérales de développement (BMD) ont vu le jour à une époque de profondes transformations mondiales afin d’aider les nations à se reconstruire, à se développer et à raviver la promesse de prospérité. Huit décennies plus tard, leur mission initiale n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire : face à l’évolution des priorités et à des défis qui dépassent les frontières et défient les solutions unilatérales, la mission des BMD est devenue encore plus essentielle. L’incertitude croissante, la fragilité, les inégalités et le besoin urgent d’emplois et de croissance soulignent la nécessité permanente d’institutions multilatérales solides, capables de répondre de manière adéquate et à grande échelle.

Les BMD collaborent depuis longtemps au niveau opérationnel, en cofinançant des projets et en échangeant leurs connaissances et leur expertise. Cependant, les exigences pressantes de notre époque nous ont de plus en plus contraints à aller au-delà d’une coopération ponctuelle. L’objectif de faire passer le financement du développement de “milliards à billions” et de multiplier les ressources publiques limitées n’a pas encore été atteint. Dans le même temps, la nécessité de créer des emplois et de mobiliser des capitaux privés supplémentaires pour faire progresser les Objectifs de développement durable (ODD) ne fait que s’intensifier. Pour y répondre, les BMD doivent mobiliser leurs compétences collectives avec une plus grande cohérence et un objectif commun.

Travailler en tant que système signifie tirer parti de la diversité des BMD — diversité en termes de structure institutionnelle, de champ d’action, de zone géographique d’intervention, de composition — afin d’améliorer l’efficacité et l’impact en exploitant pleinement nos synergies. Agir en tant que système n’est pas une notion abstraite. Il s’agit d’un large éventail d’actions très concrètes et spécifiques, telles que le partage de projets en cours, la reconnaissance mutuelle des procédures, la rationalisation des processus et l’harmonisation des normes et des méthodologies. Il convient de noter que l’action systémique n’implique pas l’uniformité, l’action synchronisée ou la normalisation inadaptée. Il s’agit plutôt d’améliorer l’architecture globale afin que les ressources limitées puissent être utilisées de la manière la plus efficace et la plus efficiente possible, tout en permettant à chaque institution de continuer à mettre ses atouts propres au service des objectifs communs.

Ces dernières années, cette approche systémique a pris de l’ampleur sous l’impulsion du Groupe des 20 principales économies. Les présidences successives ont accordé une place plus importante aux BMD et aux efforts de collaboration des banques dans leur programme, favorisant ainsi un engagement soutenu et intensifié avec les institutions elles-mêmes. En 2021, l’Independent Review of MDBs’ Capital Adequacy Frameworks a été lancée sous la présidence italienne et poursuivie l’année suivante sous la direction de l’Indonésie. En 2023, l’Inde a présenté le programme de triple réforme des BMD sous la devise “meilleures, renforcées et plus efficaces” afin de redonner de l’élan aux ODD. En 2024 et 2025, sous les présidences brésilienne et sud-africaine respectivement, la feuille de route du G20 pour des BMD meilleures, renforcées et plus efficaces a été établie et mise en œuvre afin de fournir des orientations claires pour guider les efforts des BMD vers une direction commune.

Les BMD ont répondu à ces appels par un engagement décisif de leur part. En particulier, le Groupe des dirigeants des BMD, qui réunit les responsables des dix principales institutions, s’est imposé comme le forum clé pour faire avancer les efforts conjoints. Le caractère informel du Groupe est l’une de ses caractéristiques distinctives et, en même temps, l’un de ses plus grands atouts. En effet, son succès tient à sa nature discrétionnaire et collégiale, même s’il devient plus structuré et plus déterminé. Cet équilibre permet au Groupe de s’adapter avec souplesse aux nouvelles exigences et de répondre rapidement à l’évolution des priorités des actionnaires et des clients.

Ce groupe n’est pas une nouvelle initiative. Il existe depuis plusieurs années et sert de plate-forme de dialogue. Ce qui distingue son action actuelle, c’est l’ampleur et la profondeur de son engagement, associées à la détermination d’apporter ensemble des changements ayant un impact tangible. En 2024, le Groupe s’est exprimé d’une seule voix dans une note de perspective commune, soulignant les domaines dans lesquels des efforts clés étaient en cours pour atteindre des objectifs concrets et ambitieux. Il s’agissait là d’un signal sans précédent d’appropriation et d’ambition, reflétant un sens commun de l’objectif à atteindre de la part d’un ensemble d’institutions résolument diverses.

Les dirigeants du Groupe des BMD réunis à Paris, le 28 juin 2025. Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la gauche : Ilan Goldfajn (BID), Ajay Banga (Banque mondiale), Carlo Monticelli (CEB), Masato Kanda (ADB), Ambroise Fayolle (BEI), Jin Liqun (AIIB), Dilma Rousseff (NDB), Mohammed Sulaiman Al-Jasser (IsDB), Akinwumi Adesina (ancien directeur de la BAD) et Odile Renaud-Basso (BERD). Photo : © Eric Sales / ADB
Les dirigeants du Groupe des BMD réunis à Paris, le 28 juin 2025. Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la gauche : Ilan Goldfajn (BID), Ajay Banga (Banque mondiale), Carlo Monticelli (CEB), Masato Kanda (ADB), Ambroise Fayolle (BEI), Jin Liqun (AIIB), Dilma Rousseff (NDB), Mohammed Sulaiman Al-Jasser (IsDB), Akinwumi Adesina (ancien directeur de la BAD) et Odile Renaud-Basso (BERD). Photo : © Eric Sales / ADB

En 2025, sous la présidence de la Banque de Développement du Conseil de l’Europe (ou CEB), cet engagement déterminé s’est encore renforcé. Ensemble, les BMD ont fait progresser un certain nombre d’initiatives importantes. Nous avons signé plusieurs nouveaux accords de délégation réciproque afin de réduire la charge pesant sur les emprunteurs et de contribuer à accélérer la préparation des projets. Nous affinons la méthodologie commune pour mobiliser des capitaux privés, une priorité commune essentielle. Nous avons également rendu compte au G20 des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la feuille de route du G20 pour des BMD meilleures, renforcées et plus efficaces.

Il est important de noter que, sous la présidence de la CEB, le Groupe a également concentré son attention sur les infrastructures sociales, notamment sur le rôle essentiel qu’elles jouent dans la réalisation d’une croissance durable et à long terme. Nous avons mis en avant notre conviction commune selon laquelle l’accès à des services de santé, d’éducation et de logement abordables et de qualité constitue le fondement du capital humain et est aussi essentiel à la prospérité que les axes de transport ou les réseaux énergétiques.

Pour la CEB, il est naturel de donner la priorité à ce type d’investissement : notre mandat est exclusivement social. Nous comprenons à quel point ce type d’investissements est crucial pour développer le capital humain, créer des emplois, stimuler la productivité et, en fin de compte, assurer une croissance résiliente et inclusive qui soutient des sociétés prospères. Le fait de placer cette question vitale au premier plan des discussions entre les dirigeants des BMD n’est qu’un exemple parmi d’autres de la dynamique qui anime actuellement le groupe, même si nous sommes conscients qu’il reste encore beaucoup, beaucoup à faire.

En effet, les investissements dans ces domaines restent bien en deçà de ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins urgents, ce qui entrave la création d’emplois et la croissance inclusive et, plus largement, freine les progrès vers la réalisation des ODD. Afin d’évaluer ce défi de manière exhaustive et d’esquisser les voies possibles pour aller de l’avant, les BMD viennent de publier un nouveau rapport conjoint intitulé“Social Infrastructure in Focus: The Role of MDBs”. Ce rapport examine les investissements actuels des BMD dans les infrastructures sociales, illustre les approches spécifiques à chaque institution et identifie les domaines potentiels d’engagement futur.

Les défis actuels exigent des BMD qu’elles en fassent davantage, et ce avec plus de rapidité et à plus grande échelle, malgré l’incertitude et la volatilité croissantes. La tâche est ardue. Cependant, les BMD sont capables de relever ce défi si nous continuons à agir en tant que système et à travailler main dans la main avec nos actionnaires. Nous le devons aux populations que nous servons et aux générations futures qui hériteront du monde que nous contribuons à façonner.