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Discours d’ouverture du Gouverneur Carlo Monticelli 70e anniversaire de la CEB à Varsovie, Pologne
17 mars 2026
Tel que préparé pour être délivré
Monsieur le Ministre des Finances et de l’Économie de Pologne, Monsieur Dománski,
Monsieur le Directeur général des droits de l’homme et de l’État de droit au Conseil de l’Europe,
Mesdames et Messieurs les Présidents et membres du Conseil de direction et du Conseil d’administration,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
Alors que la Banque de Développement du Conseil de l’Europe célèbre son soixante-dixième anniversaire, il importe de réfléchir aux raisons pour lesquelles l’investissement social a été important en Europe et pourquoi il revêt aujourd’hui une importance renouvelée et urgente.
Les origines de la Banque remontent à l’après-guerre, une période marquée par un conflit qui a laissé l’Europe dévastée, politiquement fragile, fragmentée et déchirée par des systèmes politiques antagonistes. Des populations entières ont été déracinées. Des économies ont été détruites. Les institutions ont dû être reconstruites à partir de zéro.
La CEB a été créée pour soutenir cet effort, notamment en aidant à la réinstallation des populations déplacées et en contribuant à rétablir la stabilité sociale.
Les besoins sociaux de l’Europe ont évolué. La Banque a évolué avec eux, élargissant son rôle pour financer le logement, la santé, l’éducation et l’inclusion financière, piliers centraux de la cohésion sociale et de la stabilité démocratique.
Aujourd’hui, l’Europe se retrouve à nouveau dans un contexte de fracture.
Les bouleversements actuels prennent une forme différente. Ils sont causés par un choc géopolitique mondial qui remodèle les relations internationales en rejetant l’ordre multilatéral fondé sur des règles qui avait sous-tendu la plus grande création de richesse et de bien-être de l’histoire de l’humanité.
La coopération internationale s’affaiblit. Les institutions multilatérales perdent leur légitimité et leur influence. Le nationalisme et son pendant néfaste, le protectionnisme, gagnent du terrain. Les écarts de développement se creusent. Les conséquences économiques désastreuses sont déjà visibles et semblent appelées à s’aggraver.
Contrairement à la crise financière ou à la pandémie de COVID-19, aussi graves fussent-elles, ce changement est plus large et plus structurel, car aucun nouvel ordre mondial n’est en vue. Cette transformation touche nos économies, nos relations commerciales et notre sécurité. Elle redéfinit les conditions dans lesquelles nos sociétés fonctionnent.
L’une des conséquences les plus visibles a été l’augmentation de l’insécurité économique. Les chocs énergétiques, les délocalisations et les déplacements de main-d’œuvre, combinés à une hausse soutenue du coût de la vie, ont touché des millions de ménages à travers l’Europe, mettant à rude épreuve la cohésion sociale.
Cependant, comme pour toute perturbation majeure, le fardeau n’a pas été réparti de manière égale. Ceux qui étaient déjà exposés à la pauvreté, à l’exclusion ou à un accès limité aux services ont été les plus durement touchés.
Alors que l’insécurité économique s’intensifie, le contexte international plus large redéfinit les priorités publiques. Les questions de sécurité, ce qui est compréhensible, retiennent davantage l’attention, reléguant au second plan d’autres domaines, notamment l’investissement social. En conséquence, l’allocation des ressources publiques est déjà en train de changer.
Dans de nombreux pays, cela a accru les besoins en matière de dépenses sociales, précisément à un moment où la marge de manœuvre budgétaire est limitée.
Cette combinaison est préjudiciable au bien-être des sociétés et leur capacité d’inclusion.
Considérées conjointement, ces deux tendances exercent une pression constante sur le tissu social européen, aggravant les tensions existantes déjà causées par les transitions démographiques, technologiques et climatiques, ainsi que par la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine.
Ces tensions intenses influencent la façon dont les Européens perçoivent les perspectives d’avenir. Près de la moitié d’entre eux déclarent avoir plus de difficultés que la génération de leurs parents à accéder à un emploi stable, à un logement décent et à des soins médicaux. Une proportion encore plus importante doute que leurs perspectives soient améliorées pour la prochaine génération.[1]
Lorsque la confiance dans l’accès aux éléments essentiels de la vie et dans la disponibilité d’opportunités afin d’améliorer sa situation se détériore, la cohésion sociale s’affaiblit. Le désespoir est omniprésent.
La confiance dans les institutions vacille. Le débat public s’envenime. La capacité à gérer le changement et à soutenir la transition diminue. La résilience s’effrite.
En Europe, la cohésion et la résilience reposent traditionnellement sur un partage mutuel et large des risques et des opportunités, soutenu par le filet de sécurité que constitue l’accès (quasi) universel aux soins médicaux, à l’éducation, au logement et à l’emploi.
L’investissement social est l’un des principaux instruments permettant de maintenir ce modèle.
En soutenant le logement, la santé, l’éducation et les services sociaux, il permet aux citoyens de conserver leurs liens avec marché du travail, leurs collectivités et la vie publique. Il facilite l’adaptation aux chocs et atténue le fardeau qui pèse sur les plus démunis.
C’est pourquoi l’investissement social présente les caractéristiques d’un bien public. Il permet aux marchés du travail de devenir plus résilients, à la croissance de la productivité de reposer sur des bases plus solides et aux institutions de conserver leur légitimité.
Le principal défi à relever aujourd’hui, comme lors des précédentes périodes de perturbation systémique, consiste donc à garantir que des ressources suffisantes pour l’investissement social demeurent disponibles et soient allouées là où les difficultés sont les plus importantes.
C’est au niveau local, là où les services sociaux et les personnes se rencontrent, que la pression se fait le plus sentir. Les autorités locales, les organisations de la société civile et les acteurs de l’économie sociale sont généralement les premiers à être confrontés aux tensions et aux perturbations. Leur capacité d’action détermine la résilience des populations.
La CEB soutient leur aptitude à réagir en finançant des projets concrets à tous les niveaux du gouvernement et en collaborant avec des partenaires locaux de confiance, proches des personnes ont besoin d’aide. La proximité permet de garantir que les financements de la CEB sont destinés à ceux qui en ont le plus besoin, là où la pression est la plus forte.
* * *
Mesdames et Messieurs, il est essentiel de poursuivre cet effort pour l’avenir de l’Europe, pour sa paix et sa prospérité, alors que les finances publiques sont soumises à des contraintes accrues.
La tâche consiste désormais à mieux utiliser les ressources, et à le faire ensemble. Les banques multilatérales et publiques de développement, les institutions nationales et européennes, les capitaux privés apportent chacun des atouts complémentaires. En unissant leurs forces dans un effort commun, ils – NOUS – pouvons maximiser les ressources disponibles pour l’investissement social et renforcer leur impact.
Dans le cadre d’un tel effort collectif, le rôle de la CEB est clair. La CEB a pour mandat de soutenir la cohésion sociale, et en période de tension, ce mandat est encore plus important.
Après soixante-dix ans, la tâche peut sembler similaire dans son objectif, même si les pressions sont différentes dans leur forme. Lorsque la cohésion européenne est mise à l’épreuve comme c’est le cas aujourd’hui, l’investissement social devient déterminant.
La CEB est et restera présente pour soutenir ses pays membres, comme nous le faisont avec dévouement et ingéniosité depuis soixante-dix ans.
Je vous remercie.
[1] Baromètre européen sur la pauvreté et la précarité économique (Ipsos / Secours Populaire, 2025). Dans toute l'Europe, 53% des personnes interrogées déclarent avoir plus de difficultés à trouver un emploi stable que la génération de leurs parents, 45% à trouver un logement décent et 42% à accéder aux services de santé. Pour l'avenir, le pessimisme est encore plus fort : 61% s'attendent à ce que l'accès à un emploi stable soit plus difficile pour les générations futures, 59% à un logement décent et 53% aux services de santé.
La Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) est une banque multilatérale de développement dotée d’un mandat exclusivement social par ses 43 États membres. La CEB finance des projets d'investissements et fournit une assistance technique dans les secteurs sociaux, notamment l’éducation, la santé et le logement abordable, en mettant l’accent sur les besoins des personnes vulnérables, ainsi que sur les dimensions sociales du changement climatique et de la dégradation de l’environnement. Les emprunteurs sont des gouvernements, des autorités locales et régionales, des banques publiques et privées, des organisations à but non lucratif et autres. La CEB, qui bénéficie d’une notation triple A, se finance sur les marchés internationaux de capitaux. En outre, la CEB reçoit des fonds de donateurs en complément de ses activités.