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Pourquoi les infrastructures sociales sont-elles essentielles pour des sociétés résilientes et cohésives ?
19 février 2026
Par Jasmina Glisovic, Cheffe de division, Direction Prêts & Développement social, et Eoin Raftery, Conseiller junior, Bureau exécutif, Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB)
Les banques multilatérales de développement (BMD) jouent un rôle clé dans l’investissement dans les infrastructures sociales, avec des avantages potentiels considérables pour le développement durable et l’économie mondiale. Elles sont confrontées à des défis qu’elles s’efforcent de relever en collaborant afin d’avoir un impact plus important.
Les hôpitaux, les écoles, le logement, l’eau potable et l’assainissement ne sont que quelques exemples des infrastructures sociales dont dépendent les populations. Il y en a d’autres, telles que les maisons de retraite et les centres de formation, qui reposent sur le capital humain, comme les enseignants et les professionnels de santé, pour fournir des services efficaces.
Les infrastructures sociales sont importantes pour le bien-être des populations, mais aussi pour soutenir l’emploi et la croissance inclusive, et pour forger des sociétés prospères, équitables et résilientes. Investir dans les infrastructures sociales est donc indispensable pour réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030, dont l’urgence ne cesse de s’accentuer.
Les BMD travaillent en temps que système, tirant parti de leurs mandats respectifs à travers différentes régions, partageant leur expertise et leurs meilleures pratiques, et harmonisant leurs normes et leurs approches, le tout dans le but d’obtenir un impact plus important.
Pour commencer, plusieurs des 17 Objectifs de développement durable (ODD), en particulier ceux portant sur la bonne santé, l’éducation de qualité et les villes et populations durables, ainsi que sur la réduction de la pauvreté et des inégalités, dépendent d’investissements dans les infrastructures physiques et numériques qui soutiennent les secteurs sociaux. La réalisation d’autres objectifs, tels que la création d’emplois décents, repose également sur la mise en place d’infrastructures sociales efficaces.
Cependant, la mise en place de ces infrastructures représente un défi pour tous les pays et toutes les régions, alors que la demande de services sociaux de meilleure qualité, abordables et accessibles augmente partout. Dans certains pays, la croissance rapide de la population jeune exerce une pression sur les infrastructures éducatives, par exemple, tandis que dans d’autres, le vieillissement de la population accroît le besoin de services de santé et d’aide sociale efficaces.
Au-delà de ces objectifs liés au bien-être, il est important de souligner le rôle des secteurs sociaux pour la performance économique au sens large, notamment grâce aux emplois qu’ils génèrent dans différents secteurs, et à l’impulsion que des investissements supplémentaires dans des domaines tels que l’éducation et les compétences peuvent donner à la productivité d’un pays.
Malgré ces effets multiplicateurs évidents, le déficit de financement des infrastructures sociales demeure considérable. Pour les seuls secteurs de l’éducation, de la santé, ainsi que de l’eau et de l’assainissement, l’écart à combler pour atteindre les ODD s’élève à quelque 800 milliards de dollars américains par an d’ici à 2030, selon la CNUCED.
Si les gouvernements restent les principaux gestionnaires et bailleurs de fonds des infrastructures sociales, la participation du secteur privé peut jouer un rôle complémentaire important, que ce soit par le biais de partenariats, de services auxiliaires ou d’investissements ciblés.
Toutefois, contrairement aux infrastructures économiques, l’attrait des infrastructures sociales pour les investisseurs privés est moins évident, car il dépend d’un large éventail de facteurs qui vont au-delà des seules sources de revenus. Les infrastructures sociales ne représentaient que 5% du capital privé total mobilisé par les BMD pour les infrastructures dans les pays à revenus faibles et intermédiaires en 2023, le reste étant plutôt consacré aux infrastructures économiques dites “dures”, telles que les transports et l’énergie. La mobilisation est la plus forte dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, tandis que les flux vers l’éducation ou la santé sont nettement moins importants en moyenne.
Rapport conjoint des BMD
Un rapport conjoint des BMD, intitulé “Social Infrastructure in Focus: The Role of Multilateral Development Banks”, publié en 2025, met en lumière les enjeux et les axes d’action. En tant que présidente du groupe des Dirigeants des BMD en 2025, la Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) – qui a un mandat exclusivement social – a mis ce sujet à l’ordre du jour des BMD. Comme le montre le rapport conjoint, toutes les BMD travaillent à des degrés divers sur les infrastructures sociales et, entre 2019 et 2023, environ 22% des engagements financiers des BMD ont été consacrés aux secteurs sociaux essentiels.
En expliquant la contribution de chaque banque ainsi que leurs efforts collectifs, “Social Infrastructure in Focus” souligne l’importance systémique de l’investissement dans les infrastructures sociales pour l’emploi et la croissance, tout en plaidant en faveur de leur renforcement. Il met en évidence plusieurs domaines dans lesquels les BMD font la différence.
Prenons, par exemple, le rôle essentiel que jouent les BMD en travaillant sur le terrain avec leurs pays d’opération respectifs et leurs partenaires de développement locaux afin de créer un environnement réglementaire propice à l’investissement dans les infrastructures sociales et de renforcer les compétences là où elles font défaut, dans le but d’aider le marché de l’investissement dans les infrastructures sociales à atteindre son potentiel.
Un autre domaine exploré concerne le rôle catalyseur que jouent les BMD pour mobiliser davantage de financements et améliorer l’efficacité des résultats. De nombreuses BMD travaillent, par exemple avec les gouvernements et les banques publiques de développement de différentes juridictions, et agissent également comme vecteurs de l’aide publique au développement (APD). Le développement de partenariats public-privé (PPP) constitue une autre voie empruntée par les BMD, par exemple en mettant en place les cadres et les incitations nécessaires pour encourager le secteur privé à prendre davantage de risques, non seulement pour construire des infrastructures matérielles, mais aussi, le cas échéant, pour fournir des services.
Les banques multilatérales de développement s’engagent également dans des opérations de cofinancement et des partenariats, comme dans le cas du vaste projet de renforcement du système de santé en Indonésie, décrit dans ce nouveau rapport conjoint. Elles exploitent également les instruments financiers existants, tels que les échanges dette‑contre‑développement et les obligations spécialement conçues pour lever des fonds destinés aux infrastructures sociales, tirant ainsi parti de l’intérêt croissant des investisseurs mondiaux pour les produits offrant à la fois des rendements sociaux et financiers. La CEB en a fait l’expérience : ses obligations pionnières pour l’inclusion sociale (SIB), lancées en 2017, ont connu une forte croissance et ont représenté environ 40% du besoin de financement total de la Banque en 2025.
Ce rapport souligne également le rôle important que jouent les banques publiques de développement (BPD), souvent détenues par les gouvernements nationaux, en tant que source de financement des infrastructures sociales. Au sein de la plateforme mondiale du Sommet Finance en Commun (FiCS), les BMD et les BPD traduisent ces mandats communs en actions en identifiant des moyens concrets de renforcer la coopération en matière d’investissement social, notamment par le biais de la Coalition FiCS pour l’investissement social.
Grâce à ses multiples avantages, l’investissement dans les infrastructures sociales offre un potentiel essentiel mais sous-exploité pour atteindre les ODD et favoriser des sociétés résilientes, inclusives et cohésives pour tous.
©CEB février 2026
La Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) est une banque multilatérale de développement dotée d’un mandat exclusivement social par ses 43 États membres. La CEB finance des projets d'investissements et fournit une assistance technique dans les secteurs sociaux, notamment l’éducation, la santé et le logement abordable, en mettant l’accent sur les besoins des personnes vulnérables, ainsi que sur les dimensions sociales du changement climatique et de la dégradation de l’environnement. Les emprunteurs sont des gouvernements, des autorités locales et régionales, des banques publiques et privées, des organisations à but non lucratif et autres. La CEB, qui bénéficie d’une notation triple A, se finance sur les marchés internationaux de capitaux. En outre, la CEB reçoit des fonds de donateurs en complément de ses activités.
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