Miser sur la confiance : la microfinance offre un avenir aux personnes “non bancables” en Bulgarie
“En général, nos clients, en particulier les start-ups, ont une idée précise et sont très désireux de se lancer, mais ils n’ont pas réfléchi à tous les aspects de leur projet”, explique-t-elle.
Pour Raina, instaurer la confiance est essentiel : “J’établis une relation de confiance avec mes clients. Je les connais très bien. Je connais leurs familles. Ils me font part de leurs difficultés.”
C’est ce lien qui distingue son employeur, SIS Credit, des banques traditionnelles.
“Les banques ne donnent pas de seconde chance à leurs clients. Mais nous, nous leur donnons une seconde et même une troisième. Nous prenons soin d’eux.”
La seule option pour beaucoup
En Bulgarie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe, l’accès au financement reste un obstacle majeur pour les entrepreneurs. Les banques traditionnelles exigent des garanties, des revenus stables ou des antécédents de crédit que beaucoup n’ont tout simplement pas. Les groupes vulnérables – réfugiés, minorités ethniques, chômeurs, femmes et jeunes – sont souvent totalement exclus.
C’est là qu’intervient SIS Credit. Malgré le sous-développement du secteur de la microfinance en Bulgarie, SIS Credit, une institution de microfinance, s’est imposée comme un acteur de premier plan, offrant des services financiers sur mesure à un ensemble diversifié d’entrepreneurs. Avec une équipe de 15 personnes, SIS Credit a fait des progrès significatifs dans la promotion de l’inclusion financière et le soutien aux femmes, aux jeunes chômeurs de longue durée et aux personnes en situation de handicap.
Quatre-vingt-quinze pour cent de ses clients étaient “non bancables” avant de s’adresser à l’institution ; un sur quatre appartient à un groupe vulnérable.
Comme l’explique Martina Grigorova, PDG : “Il n’est pas exagéré de dire que, dans la plupart des cas, nous sommes la seule option pour les entrepreneurs vulnérables qui souhaitent créer une entreprise en Bulgarie. Beaucoup de nos clients n’ont pas de garant, de revenus ou même d’expérience du crédit. Ce sont des personnes “non bancables”.
Le nouveau départ d’Amene
L’une de ces entrepreneurs est Amene Vasefi, réfugiée iranienne de 57 ans. Forte de 38 ans d’expérience comme coiffeuse, elle est arrivée en Bulgarie avec sa fille à la recherche d’un avenir meilleur. Cependant, elle s’est rapidement rendu compte à quel point il était difficile de trouver du travail.
“Avant, j’étais sans emploi et sans source de revenus. Je n’ai jamais reçu d’aide. J’ai dû me créer cette activité”, se souvient-elle.
Avec le soutien de Raina et un prêt de 5 000 euros accordé par SIS Credit, Amene a pu acheter le matériel dont elle avait besoin et ouvrir le salon de coiffure Gisu à Sofia. Pour surmonter la barrière de la langue, Raina a même trouvé un traducteur bénévole pour l’aider à remplir sa demande de prêt.
Aujourd’hui, le salon est prospère et accueille une clientèle variée, notamment issue des populations afghane et iranienne, ainsi que des visiteurs étrangers.
Prouver la valeur
Des histoires comme celle d’Amene illustrent le côté humain de la microfinance. Mais SIS Credit souhaitait également démontrer son impact plus large. Avec le soutien de la CEB et d’InvestEU Advisory Hub, elle est devenue l’une des premières institutions de microfinance d’Europe de l’Est à mener une étude rigoureuse sur l’impact social de ses activités en Bulgarie.
Les résultats sont éloquents :
- Grâce à la microfinance, 95% des clients ont amélioré leur situation financière alors qu’auparavant ils ne disposaient d’aucun financement ou d’un financement inadapté.
- Les emprunteurs ont créé en moyenne deux nouveaux emplois par prêt, souvent dans des régions vulnérables.
- Chaque euro de dette contractée auprès de SIS Credit a généré entre 1,7 et 2,8 euros de chiffre d’affaires.
- 90% des ménages ont déclaré avoir un revenu stable après avoir obtenu un prêt, tandis que la moitié ont indiqué que la qualité de vie de leur famille s’était considérablement améliorée.
- Les femmes, qui représentent 45% de la clientèle, étaient 1,5 fois plus susceptibles d’embaucher des personnes issues de groupes vulnérables.
Pour Kristina Maslauskaite, Conseillère Technique en microfinance à la CEB, cette étude souligne l’importance de ce travail.
Au-delà du financement : des partenariats et des conseils
Comme les institutions de microfinance d’Europe de l’Est ne sont pas autorisées à accepter des dépôts, elles ne peuvent pas collecter l’épargne de leurs clients pour financer leurs activités de prêt et dépendent d’investisseurs socialement responsables pour maintenir et développer leurs portefeuilles. Le financement est essentiel, mais, comme le souligne Kristina, il ne suffit pas.
“En tant que banque de développement social, la microfinance est un secteur d’activité prioritaire pour la CEB. Elle nous aide à atteindre les entrepreneurs qui ne peuvent pas créer ou développer une entreprise parce qu’ils n’ont pas accès au financement. Cependant, bon nombre de ces entreprises fonctionnent avec des marges faibles et réinvestissent leurs bénéfices, ce qui leur laisse peu de marge de manœuvre pour innover. C’est pourquoi il est également important de leur apporter une assistance technique : celle-ci les guide dans leur stratégie commerciale, afin d’améliorer leurs opérations financières et de transformer leur croissance en un impact durable.”
SIS Credit est à ce jour la seule institution de microfinance en Bulgarie à bénéficier de cette combinaison de financement et de conseil de la part de la CEB et du programme InvestEU.
“Notre partenariat avec SIS Credit montre comment cela fonctionne dans la pratique”, explique Madame Maslauskaite.
“En tirant parti des instruments d’InvestEU et de l’expertise de la CEB, nous atteignons certains des entrepreneurs les plus vulnérables d’Europe. Et aujourd’hui, pour la première fois en Bulgarie, nous pouvons mesurer l’impact. Ensemble, avec InvestEU et SIS Credit, nous créons un véritable changement, et nous pouvons le démontrer.”
Martina Grigorova est du même avis. “Nous partageons les mêmes valeurs que la CEB, ce qui rend ce partenariat si naturel et si solide. Grâce à ses fonds, nous sommes en mesure d’apporter un soutien financier et non financier aux entrepreneurs les plus vulnérables, en particulier aux femmes.”
Une confiance qui porte ses fruits
Pour Raina, la leçon est simple : la microfinance n’est pas une question de transactions, mais de relations. En faisant confiance à des personnes qui ont été rejetées ailleurs, SIS Credit les aide à libérer leur potentiel.
L’étude d’impact prouve que cette confiance est payante. Les familles ont un avenir plus stable, les entreprises deviennent plus durables et les populations deviennent plus résilientes. Derrière chaque point de pourcentage de l’étude il y a une histoire comme celle d’Amene, preuve que ceux qui étaient autrefois considérés comme “non bancables” sont non seulement bancables, mais méritent également chaque investissement en temps, en attention et en confiance.
Cette opération bénéficie du soutien de l'Union européenne dans le cadre du Fonds InvestEU.