Investir dans la résilience hydrique en partant de la base
Alors que l’Europe est confrontée à une grave sécheresse, une réalité devient de plus en plus claire : l’eau est trop précieuse pour être considérée comme acquise.
Le changement climatique n’entraîne pas seulement des périodes de sécheresse plus longues. Il intensifie également les précipitations, ce qui exerce une pression croissante sur les infrastructures hydriques vieillissantes à travers le continent. Renforcer la résilience implique de mieux gérer l’eau, qu’il s’agisse de protéger des ressources limitées ou de garantir que les eaux usées puissent être collectées et traitées en toute sécurité en cas de tempête.
Pourtant, certaines des infrastructures les plus essentielles à la résilience restent largement invisibles. Les stations d’épuration des eaux usées attirent rarement l’attention du public, mais elles jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne.
En traitant les eaux usées en toute sécurité avant qu’elles ne soient rejetées dans les rivières et l’environnement naturel, elles contribuent à prévenir la pollution, à protéger la biodiversité et à réduire les risques pour la santé publique.
Un assainissement fiable est également la pierre angulaire de populations résilientes et inclusives : il protège la santé publique, soutient l’activité économique et contribue à garantir que tous les habitants, en particulier les plus vulnérables, puissent vivre dans un environnement plus propre et plus sûr.
Quand le changement climatique accentue la vulnérabilité sociale
Ces avantages sont particulièrement importants en Hauts-de-France, la région la plus septentrionale de la France, où les défis environnementaux se conjuguent à d’importantes vulnérabilités socio-économiques.
Marquée par une longue histoire industrielle, la région continue de faire face aux conséquences d’une activité industrielle intensive, tout en enregistrant des taux élevés de pauvreté et de chômage. Elle est aujourd’hui reconnue comme l’un des territoires français de la « transition juste », où les défis environnementaux liés à l’activité industrielle passée se conjuguent à des vulnérabilités socio-économiques persistantes, ce qui rend particulièrement importants les investissements dans des infrastructures durables et inclusives.
Dans ce contexte, la CEB a approuvé en 2025 un prêt de 107 millions d’euros à la Métropole européenne de Lille pour moderniser et agrandir la station d’épuration de Wattrelos. Ce prêt s’inscrit dans le cadre d’un programme d’investissement plus large, d’un montant de 214 millions d’euros, visant à préparer les infrastructures hydrauliques de la métropole à un avenir marqué par un réchauffement climatique, une sécheresse accrue et une instabilité climatique croissante.
Desservant près de 275 000 habitants à Roubaix, l’un des plus grands centres urbains de la Métropole, la station a été construite dans les années 1980 et n’a fait l’objet que d’une modernisation partielle il y a deux décennies. Aujourd’hui, elle est confrontée à des contraintes que ses concepteurs d’origine n’auraient guère pu anticiper.
À Lille, la CEB accompagne la modernisation de la station d’épuration de Wattrelos pour améliorer l’accès à des services essentiels de près de 275 000 habitants.
Le changement climatique entraîne des précipitations plus fréquentes et plus intenses, augmentant ainsi le volume d’eau qui pénètre dans le réseau lors des tempêtes. Parallèlement, la métropole continue de s’étendre, ce qui impose des contraintes supplémentaires à des infrastructures vieillissantes. Sans capacité de traitement suffisante, les fortes précipitations peuvent submerger le système, entraînant des rejets d’eaux usées non traitées dans l’Espierre.
Les conséquences s’étendent au-delà de la zone immédiate.
L’Espierre est un affluent de l’Escaut (Scheldt en néerlandais), un fleuve qui traverse la France, la Belgique et les Pays-Bas. Afin d’améliorer la qualité de ses eaux, il constitue non seulement une priorité locale, mais aussi une responsabilité transfrontalière partagée.
L’installation modernisée augmentera considérablement la capacité de traitement, améliorera l’efficacité énergétique grâce à des procédés innovants et réduira les émissions de gaz à effet de serre. Elle aidera également la région métropolitaine à se conformer aux exigences européennes en matière d’eaux usées.
Parallèlement, des cours d’eau plus propres profiteront aux populations locales, à l’agriculture et à la biodiversité, contribuant ainsi à un environnement plus sain pour les générations futures.
Financement de la résilience hydrique : chiffres clés
- Augmentation de 20 % de la capacité de la station d’épuration
- Production de plus de 2 GWh/an d’électricité renouvelable pour l’autoconsommation et de 11 GWh/an de biogaz destiné à la réinjection
- Récupération de plus de 15 GWh/an de chaleur
- Boues déshydratées valorisables pour la production d’énergie, représentant 14 GWh/an
Investir dans des populations en meilleure santé
Pour la CEB et la Métropole européenne de Lille, des investissements comme celui-ci vont au-delà des infrastructures. Il s’agit de préserver la santé, de protéger l’environnement et de faire des droits fondamentaux une réalité pour les populations.
Le projet s’inscrit également dans la stratégie à long terme de la Métropole européenne de Lille visant à fournir des services publics fiables et abordables, afin d’améliorer les performances environnementales et de réduire les coûts d’exploitation grâce à une meilleure efficacité énergétique.
En 2024, la Métropole est devenue la première collectivité locale d’Europe à mettre en place une tarification sociale de l’eau dans le cadre de sa nouvelle concession de service public. Ce dispositif vise à garantir qu’aucun ménage à faibles revenus ne consacre plus de 3 % de ses revenus à la facture d’eau, à condition que l’eau soit utilisée de manière responsable.
Un engagement plus large en faveur de la sécurité de l’eau
Dans une grande partie de l’Europe, les infrastructures hydrauliques vieillissantes subissent une pression croissante due au changement climatique, ce qui nécessite des investissements soutenus pour protéger à la fois les personnes et l’environnement.
Cette vision se reflète dans la décision de la CEB de rejoindre « Water Forward », une initiative mondiale visant à accélérer les investissements en faveur de la sécurité de l’eau, annoncée lors des réunions de printemps 2026 de la Banque mondiale et du FMI. La CEB s’est engagée afin d’améliorer la sécurité de l’eau pour au moins trois millions de personnes d’ici 2030.
Au cours de la dernière décennie, la Banque a investi plus d’un milliard d’euros dans des projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement à travers l’Europe, en finançant une quinzaine d’opérations afin d’améliorer l’accès à l’eau potable, de renforcer le traitement des eaux usées et d’accroître la résilience face aux inondations et autres risques liés au climat.
Bien que ces projets prennent des formes diverses, ils partagent un objectif commun : garantir que les services essentiels restent fiables, accessibles et résilients face à des risques climatiques croissants.