“Tout se résume à des personnes”
Simon Bond, Directeur de la gestion du portefeuille d'investissement responsable chez Columbia Threadneedle Investments, parle à Info de l’obligation d’inclusion sociale en réponse au COVID-19 (COVID-19 Response Social Inclusion Bond)* de la CEB, et de l'impact de la crise sur le marché obligataire.
Info : L’obligation d'inclusion sociale en réponse au COVID-19 de la CEB a suscité un intérêt record. Comment expliquez-vous cela ?
SB: Ce qui m'a impressionné, c'est la rapidité de la réponse, non seulement d'une institution comme la CEB, mais du marché en général. Nous avons vu quelque 36,5 milliards d’euros d'émissions jusqu'à présent pour répondre à cette crise. L'accent a été mis sur le social, comme jamais auparavant. Et ce que je vois, c'est le marché obligataire prêt à répondre à une crise sociale.
Info : La CEB a été l'un des pionniers lors de la création du marché des obligations sociales et s'est rapidement adaptée à la nouvelle situation en actualisant son cadre d’intervention. Quand vous examinez un investissement potentiel, qu'est-ce qui est le plus important pour vous ?
SB : Nous cherchons à suivre l'argent jusqu'à son impact sur la société : où va l'argent, le bien qu'il fait, l'effet que cela aura sur les gens. Le reporting est également très important. Pour nous, il reflète cet impact, en particulier s’agissant d'une nouvelle émission, car c'est le moment où l'emprunteur dépense l’argent dans la société. C'est à ce moment-là que l'impact se produit.
Info : L'impact du COVID-19 sur le marché des obligations sociales est-il similaire à l'impact de l'Accord de Paris sur le marché des obligations vertes ?
SB: L'Accord de Paris sur le climat est une stratégie à long terme, qui aborde un enjeu spécifique à laquelle la société et l'environnement sont confrontés. Le COVID-19 est un danger immédiat qui s'est présenté sans aucun avertissement : pour traiter ces questions, il faut des réponses plus rapides. Le COVID-19 a focalisé l'attention des gens sur les questions sociales d'une manière jamais vue auparavant, et a élargi leur champ d'action qui ne se limite plus à l’environnement. Outre la recherche d'un vaccin, il y a des implications économiques et sociales sur lesquelles nous devons nous concentrer. La pandémie a affecté la cohésion sociale, l'éducation et l'emploi.
Info : Que pensez-vous des émissions obligataires liées au COVID-19 qui ne sont pas alignées sur les social bond principles – edictés par ICMA – et du rôle de ces principes dans le soutien à la croissance du marché ?
SB : Nous sommes de grands défenseurs des social bond principles – nous faisons partie du groupe de travail qui aide à les développer. Cela nous donne un ensemble de paramètres pour voir la croissance ultérieure du marché. En 2014, lorsque nous avons mis en place les green bond principles, nous avons vu les obligations vertes prendre leur essor. En 2017, avec les social bond principles, nous avons vu un véritable décollage des obligations sociales. Nous avons maintenant une augmentation considérable de l'émission de ces obligations, au point qu'elle correspond presque à l'émission d'obligations vertes depuis le début de l'année. Les rapports d'impact sont particulièrement importants pour nous. C'est ce qui fait que les obligations alignées sur les social bond principles se distinguent. C'est pourquoi nous recommandons toujours qu'un émetteur se conforme à ces principes.
Info : Quelle est votre analyse du reporting sur les obligations sociales et comment considérez-vous les rapports sur les obligations d’inclusion sociale de la CEB ?
SB : Le reporting est essentiel pour montrer le bien que le produit des obligations fait à la société. Et il est très différent de mesurer l'impact social par rapport à l'impact environnemental. Par exemple, comment mesurez-vous la valeur de l'éducation pour la société ? Ou l'importance de la santé pour la société ? Il est néanmoins possible de rendre compte de tout ceci et de disposer de ces statistiques d'impact. Lorsque je regarde les trois rapports annuels de la CEB sur les obligations d'inclusion sociale, je m’attache notamment aux mesures qui se rapportent à la société et, en fin de compte, aux personnes. Je regarde les 4 000 emplois créés ou la préservation de 40 000 emplois. Ou encore le nombre de locataires de logements ou d'étudiants universitaires qui bénéficient de meilleures installations : tout se résume à des personnes.
Info : Quel sera le rôle des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies à l'avenir ? Comment les inclure dans votre propre reporting ?
SB : Nous pensons que les objectifs de
développement durable des Nations Unies
sont vraiment utiles et importants : c'est un
langage commun que nous pouvons utiliser.
Nous pouvons utiliser les 17 ODD de la même
manière que le ratio de Sharpe, un concept
que les investisseurs utilisent pour comprendre
le rendement d'un investissement par rapport
à son risque. Le ratio de Sharpe permet de
comparer un portefeuille d'actions avec un
portefeuille de titres à revenu fixe, et vous
pouvez faire de même avec les ODD – en
comparant les prêts directs, les portefeuilles
d'obligations, les portefeuilles immobiliers et
les portefeuilles d'actions.
Notre objectif est de mettre en
correspondance chacune des obligations
que nous achetons avec l’ODD principal ;
en fait, nous les mettons en correspondance
avec les 169 cibles qui sous-tendent les 17
ODD. Il est essentiel que tout soit correctement
mis en correspondance et qu'il y ait des
preuves claires.
* Il s'agit ici de la première obligation d'inclusion sociale en
réponse au COVID-19 émise par la CEB en avril 2020. Depuis,
la Banque en a émis une deuxième en juin.
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