De retour chez soi : reconstruire sa vie après avoir tout perdu en Ukraine
“La vie s’est divisée en un ‘avant’ et un ‘après’”, se souvient Anastasia. “Tout était là : les souvenirs, les photos d’enfance. Quand tout cela a disparu, on s’est sentis abandonnés.”
Pour la fratrie, Anastasia (28 ans) et Yevhen (33 ans), leur maison était l’œuvre de leur famille, construite de leurs propres mains.
Leur maison était chaleureuse et confortable, fruit d’années de travail de Yevhen et de son père. Ils avaient tout fait eux-mêmes. Puis, pendant l’occupation russe de leur région, un obus de mortier de 120 millimètres a frappé la maison. Il a explosé, détruisant non seulement le bâtiment, mais aussi la vie telle qu’ils l’avaient connue.
“Nous y avions mis toute notre énergie”, explique Yevhen. “Même aujourd’hui, alors qu’il ne reste plus que les fondations, cela fait encore mal.”
Leur histoire est celle de centaines de milliers d’Ukrainiens. Depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie, plus de 30 000 immeubles d’habitation et environ 200 000 maisons individuelles ont été endommagés ou détruits, privant des millions de personnes d’un logement sûr.
“Ces pertes nécessitent des ressources considérables et des fonds colossaux”, déclare Oleksii Kuleba, vice-Premier ministre chargé de la reconstruction et Ministre du Développement des populations et des territoires de l’Ukraine.
Trouver une voie pour aller de l’avant
Pour faire face à une destruction d’une telle ampleur, l’Ukraine a mis en place un mécanisme d’indemnisation dans le cadre du programme eRecovery. Celui-ci délivre des bons d’aide au logement aux personnes dont les habitations ont été détruites, leur permettant ainsi d’acquérir un nouveau logement et de commencer à reconstruire leur vie.
Les commissions locales jouent un rôle central dans ce processus, en veillant à ce que les indemnités parviennent aux ménages qui en ont le plus besoin. Leur action est renforcée grâce à un soutien international, notamment par un financement de la Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) et des dons de la Commission européenne et du Fonds solidarité Ukraine (USF) de la CEB.
Vadym Sheiko, Président de la commission de la communauté territoriale de Borodyanka, supervise l’examen des demandes des résidents dont les logements ont été détruits.
“Le propriétaire contacte d’abord des experts qui établissent un rapport technique sur les dégâts, accompagné d’une documentation photographique”, explique-t-il. “Ces rapports sont ensuite soumis à notre commission, qui vérifie les pièces justificatives et décide d’approuver ou non l’indemnisation.”
Après avoir perdu leur maison familiale, Yevhen, Anastasia et leurs parents ont dû faire face à la difficile tâche de repartir de zéro.
“Nous essayions tant bien que mal de remettre notre vie sur les rails”, raconte Yevhen.
C’est par l’intermédiaire du bourgmestre de leur village qu’ils ont découvert le programme eRecovery. Mais se reconstruire une vie prend du temps. La récupération des documents et des dossiers a, à elle seule, pris près de deux ans.
“Tout n’était pas numérisé avant la guerre”, explique Anastasia. “Il a fallu récupérer les archives.”
Soutenir la reconstruction, une famille après l’autre
Aider des familles comme celle d’Yevhen et d’Anastasia à reconstruire leur vie est au cœur de HOME – Compensation for Destroyed Housing, la plus grande opération de la CEB en Ukraine.
Avec 200 millions d’euros déjà engagés et décaissés, et un prêt supplémentaire de 100 millions d’euros approuvé en juin dernier, la CEB soutient le mécanisme d’indemnisation ukrainien afin qu’il puisse venir en aide à davantage de personnes dont les logements ont été détruits.
Ce financement permet la délivrance de certificats de logement qui offrent une voie concrète vers la reconstruction. Il reflète également l’engagement du Cadre Stratégique de la CEB à promouvoir la reconstruction des infrastructures sociales essentielles de l’Ukraine.
“Le logement est un pilier central de la mission sociale de la CEB et de ses opérations en Ukraine.”
"Dès le début de l’agression russe, la CEB a immédiatement commencé à soutenir les Ukrainiens en finançant des petites réparations dans leurs logements.”
Avec l’adhésion du pays à la Banque, le portefeuille de prêts de la CEB s’est élargi pour inclure dix projets totalisant plus de 800 millions d’euros en seulement trois ans.
Dans le cadre du projet HOME, des dons de la Commission européenne et de l’USF complètent ce financement en renforçant la capacité des autorités nationales et locales ̶ y compris des commissions telles que celle de Borodyanka ̶ à gérer les demandes, à vérifier les réclamations et à verser les indemnités plus efficacement.
Plus de 6 000 familles ont déjà reçu une indemnisation pour des logements entièrement détruits dans le cadre du projet HOME.
Comme ils étaient copropriétaires de la maison, Yevhen, Anastasia et leurs parents ont chacun reçu des certificats de logement dans le cadre de ce programme. Ils les ont utilisés pour acheter deux logements distincts.
Debout dans l’appartement qui lui appartient désormais, Anastasia raisonne : “La vie continue. On a un nouveau foyer, et il faut bien continuer à vivre d’une manière ou d’une autre.”