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La feuille de route pour une reprise soutenue, verte, inclusive et résiliente

Date de publication : 14 juillet 2020

Info s’entretient avec Monica Scatasta, Directrice de la Direction Préparation & Suivi Techniques (TAM) de la CEB, sur les conséquences de la pandémie de COVID-19 et sur la manière dont les pays membres de la CEB peuvent intégrer la résilience dans leurs stratégies de relance.

monica scatasta FR.pngInfo : Quels sont les défis actuels auxquels les pays membres de la CEB seront confrontés après l’urgence du COVID19 ? 

MS : Tout d’abord, nous devrons vivre avec l’urgence sanitaire pendant un certain temps encore, jusqu’à ce qu’un vaccin sûr et abordable soit déployé dans le monde entier, avec le risque de multiples vagues de contagion. La gestion des urgences et les stratégies de relance devront donc coexister. 

La crise du COVID-19 a montré que les systèmes des secteurs public et privé n’étaient pas préparés à faire face à une urgence à grande échelle – c’est un avertissement fort alors que nous serons confrontés aux conséquences encore plus graves du changement climatique. Ce que nous allons faire désormais est crucial. 

Nous sommes aux prises avec des situations d’urgence multiples et interdépendantes et avec des crises à plus long terme, qu’elles soient sanitaires, économiques, sociales ou environnementales, y compris la crise climatique. 

La crise du COVID-19 a été en partie provoquée par l’empiètement des activités humaines sur les habitats naturels. Les effets sur la santé humaine ont été aggravés par les effets débilitants de la pollution atmosphérique. Et le changement climatique aggrave le risque de nouvelles pandémies et leurs conséquences. Les vagues de chaleur peuvent faire des ravages pendant le confinement et l’urgence sanitaire accroît la difficulté de faire face à de violentes tempêtes ou inondations, comme nous l’avons vu en Inde et au Bangladesh. 

Les inégalités sociales augmentent l’impact des urgences sanitaires sur les groupes à faibles revenus, marginalisés et vulnérables. 

Le COVID-19 a jeté une lumière crue sur les inégalités en Europe. Il est essentiel d’y remédier, car la résilience des sociétés a partie liée avec celle de leurs éléments les plus vulnérables. 

Malheureusement, l’impact de la pandémie sur l’économie risque d’aggraver ces inégalités sociales, et de réduire les marges de manœuvre budgétaires et politiques permettant de soutenir l’agenda climatique et celui des objectifs de développement durable (ODD) – un cercle vicieux dangereux. Au moment où les pays membres de la CEB conçoivent leurs plans de relance, ils pourraient avoir du mal à trouver des solutions qui tiennent compte des interconnexions entre les multiples crises. Pourtant, une diminution des efforts pour atteindre les ODD et les objectifs climatiques ouvrirait la voie à une crise socio-économique beaucoup plus profonde, sapant la résilience de la reprise. 

Nous ne pouvons pas « redémarrer à janvier 2020 » – et ne devrions pas essayer de le faire. 

La pandémie a frappé un système déjà fragilisé. La croissance du PIB et la productivité totale des facteurs étaient en baisse depuis un certain temps dans nombre de nos pays membres. Certains ne s’étaient pas encore totalement remis de la crise de 2008. 

De nombreuses activités économiques ne seront plus viables dans un monde post-COVID ou pourraient nécessiter une révision en profondeur de leurs modèles d’entreprise, entraînant ainsi une réduction structurelle de l’emploi dans certains secteurs et certaines régions géographiques. Les plans de relance économique doivent le prendre en considération, en soutenant les ménages lorsque leur source de revenus n’est plus viable et en mettant en place des programmes de requalification qui préparent les travailleurs à de nouvelles opportunités. 

Aussi difficile que cela puisse paraître, il y a un bon côté à tout cela. 

Nous semblons tourner la page des politiques d’austérité et privilégier l’idée que nous devons sortir de cette crise. 

Les ratios d’endettement par rapport au PIB vont augmenter, tout comme l’endettement des entreprises et des ménages. Les investissements devront assurer la création d’emplois à court terme et des gains d’efficacité et de productivité à long terme. 

Il est possible de faire face simultanément aux crises climatique et environnementale et de rendre nos sociétés plus inclusives, ce qui pourrait en fait générer une croissance et des emplois plus durables que le retour à une économie inégalitaire fondée sur les énergies fossiles. Il est encourageant de constater que le Plan de relance de l’UE proposé par la Commission européenne le reconnaît en appelant à des investissements et à des réformes conformes au ‘Pacte vert pour l’Europe’. 

Info : Que peuvent faire les pays européens pour mieux répondre à ces défis ? 

iStock-1162045336.jpgMS : Nous devons soutenir une reprise verte, inclusive et résiliente. Nos pays membres ont la possibilité de transformer leurs économies, leurs sociétés et leurs paysages. La CEB peut soutenir cette transition et les aider à faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte dans ce processus. Il existe de nombreuses possibilités d’investissement qui pourraient rapidement créer de nouveaux emplois et stimuler une croissance soutenue, tout en apportant des avantages environnementaux et sociaux substantiels. 

Il reste beaucoup à faire pour améliorer l’accessibilité, la qualité et la résilience concernant la mise à disposition de tous les services de base, dont la santé, l’éducation ou l’eau et l’assainissement. Dans le secteur de la santé, par exemple, les soins primaires et préventifs sont essentiels pour améliorer la résilience des systèmes de santé et des personnes, notamment en s’attaquant à des facteurs tels que l’hypertension, qui ont aggravé la mortalité due à la COVID-19 et qui augmentent également les décès évitables et les coûts des soins de santé. 

Depuis plus d’une décennie, de nombreux pays membres ont insuffisamment investi dans les infrastructures. Il est temps de lancer des programmes d’investissement dans les infrastructures, qui réduisent également leur dépendance au carbone et augmentent leur résilience face à un large éventail de risques, en premier lieu ceux liés au dérèglement climatique. Investir dans la transition vers des systèmes de production à faible intensité de carbone et respectueux du climat, par exemple dans les secteurs de l’énergie ou de l’agroalimentaire, peut déboucher sur des chaînes d’approvisionnement plus durables et créer de nouveaux emplois. 

Les villes auront un rôle clé à jouer. Repenser les espaces urbains peut générer de multiples avantages pour le bien-être humain et l’environnement – notamment la création de plus d’espaces verts, le transfert modal dans la mobilité urbaine, la conception de villes multicentriques dotées d’une accessibilité locale à l’emploi, au commerce et aux services de base, ou la réorganisation du rôle des petits centres tout en renforçant leur intégration avec les grandes villes. L’amélioration de l’aménagement du territoire et les investissements connexes peuvent accroître la résilience de nos paysages et contribuer à la revitalisation des zones économiquement défavorisées. 

Enfin, il est également nécessaire de renforcer les investissements dans la protection de l’environnement et l’amélioration du capital naturel. Une meilleure gouvernance sera la clé d’une reprise durable et résiliente. Il sera essentiel de faire les bons choix politiques. Ceux-ci devront être clairement communiqués aux citoyens. De nombreuses solutions nécessiteront une coordination entre secteurs, zones géographiques et niveaux de gouvernance. Dans ce contexte, la capacité des institutions multilatérales à mobiliser rapidement un soutien et à afficher des résultats, comme l’a fait la CEB, peut être très importante. 

Info : Quel rôle votre Direction jouera-t-elle dans la reprise ? 

MS : La CEB est idéalement placée pour soutenir la reprise des pays membres, et nous avons montré que nous pouvons réagir rapidement, avec souplesse et créativité pour répondre aux besoins des clients. Mon équipe regroupe les experts sectoriels et thématiques de la Banque. Nous nous sommes rapidement mobilisés pour soutenir cette réponse rapide, notamment en rationalisant les procédures pour les projets d’urgence. 

Pour l’avenir, nous continuerons à évaluer l’impact de la crise du COVID-19 sur les domaines d’activité de la CEB afin de contribuer à relever les défis et à identifier les opportunités. Nous sommes prêts à travailler avec les clients et les bénéficiaires pour concevoir et mettre en œuvre leurs stratégies de relance et pour renforcer leur résilience globale, leur permettant de « mieux rebondir » après la crise, comme l’a bien dit la Président de la Commission européenne, Mme von der Leyen.

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