Une année de consolidation : la CEB en 2024
Les changements géopolitiques et les tensions commerciales internationales, associées à une faible croissance de la productivité et à des budgets publics tendus, ont continué à peser sur l’économie européenne en 2024. La Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) a néanmoins pu s’appuyer sur ses solides performances de 2023 pour consolider sa position de banque de développement social pour l’Europe.
Ce résultat est en grande partie dû à la toute première augmentation du capital versé de la CEB, qui a pris effet en février 2024. Ce vote de confiance envers la CEB souligne l’importance primordiale accordée par les pays membres aux secteurs sociaux européens, et le rôle déterminant de la Banque en leur faveur.
L’augmentation du capital a eu un effet positif sur la position de la CEB sur les marchés financiers : toutes les principales agences de notation ont confirmé la note triple A de la Banque au cours de l’année, s’appuyant sur la solidité de la base de capital et ses performances en matière de liquidité et d’accès au financement sur les marchés, entre autres facteurs.
La réputation de la Banque en matière d’émission d’obligations a continué de croître, puisque les Obligations d’inclusion sociale (Social Inclusion Bonds, SIB), lancées en 2017 et devenues sa marque de fabrique, ont dépassé un total de 10 milliards d’euros en 2024 – une étape célébrée par deux sonneries de cloche (bell-ringing) aux bourses de New York et Luxembourg. À la fin de l’année, les obligations de la CEB étaient émises dans plus d’une demi-douzaine de devises, dont une nouvelle émission en yuan chinois offshore.
Un portefeuille diversifié de nouveaux projets
Portés par ces réalisations, les objectifs fixés dans le Cadre Stratégique 2023-2027 de la CEB sont restés en bonne voie pour les trois domaines d’action prioritaires : investir dans les personnes et valoriser le capital humain ; promouvoir des cadres de vie inclusifs et résilients ; et soutenir l’emploi et l’inclusion économique et financière. En 2024, 44 nouveaux prêts ont été approuvés pour des projets relevant de secteurs comme la santé, l’éducation, le logement abordable et le développement des petites entreprises. Une attention particulière a été portée aux groupes défavorisés et marginalisés afin de réduire les inégalités.
Les prêts approuvés, totalisant 4,5 milliards d’euros, ont été répartis entre 22 pays ; plus de la moitié concernaient 15 des 23 Pays du Groupe Cible de la CEB en Europe centrale, orientale et du Sud-Est. En Croatie, la Banque a approuvé 250 millions d’euros en faveur d’investissements dans les infrastructures sociales des municipalités et des comtés, dont 40% ont été affectés à des start-up et d’autres projets de petites et microentreprises, dont beaucoup dirigés par des femmes. L’amélioration de l’accès au microcrédit pour les personnes à faible revenu était également un objectif des prêts de la CEB en Bosnie-Herzégovine et en Belgique. Des prêts accordés à la Slovénie et à l’Espagne ont pour objet de fournir des logements abordables, notamment destiné aux personnes âgées, tandis que des prêts destinés à plusieurs projets visent à favoriser l’éducation inclusive, notamment en Bulgarie, en Estonie, en Hongrie et en Lituanie. Le prêt de 150 millions d’euros accordé à la Finlande a pour objet de développer des soins de santé physique et mentale abordables, et de nouveaux projets en République slovaque et en Espagne visent à améliorer la prestation des soins de santé. Les projets de rénovation des systèmes vieillissants de distribution d’eau et de traitement des eaux usées ont également occupé une place importante dans plusieurs pays, notamment en République slovaque, tandis que l’amélioration du chauffage urbain était ciblée en Lettonie et en Islande. Par ailleurs, un projet de transport propre et abordable a été mis en place dans la ville française de Marseille.
En Ukraine, qui a rejoint la CEB en 2023, la Banque a renforcé son soutien aux personnes déplacées et aux besoins de microfinance, et encore développé ses opérations dans les domaines de la santé et du logement, notamment en apportant des fonds pour réparer les maisons endommagées par la guerre.
Le rôle historique de la CEB de pourvoyeur d’aide d’urgence a été de nouveau mis en avant en 2024. En Türkiye, la Banque a approuvé un financement destiné à la préparation aux situations d’urgence ainsi qu’au renforcement des établissements de santé après le tragique tremblement de terre de février 2023. En Islande, la CEB a soutenu les efforts du gouvernement pour remédier aux conséquences de l’éruption volcanique survenue au cours de l’année.
Le soutien aux projets culturels, essentiels à l’inclusion sociale et à la solidarité européenne, fait également partie des objectifs de la CEB, comme l’ont démontré les prêts approuvés pour Chypre et la Roumanie en 2024 (voir section suivante). En 2024, année olympique, il faut également noter les prêts et dons accordés par la Banque en faveur de l’investissement dans le sport et pour les personnes présentant un handicap.
Une période charnière pour le Cadre Stratégique
Entre 2023 et 2024, la CEB a approuvé 92 projets, pour un montant total de près de 9 milliards d’euros. Ce bilan est de bon augure pour la revue à mi-parcours du Cadre Stratégique en 2025, et a été réalisé dans un contexte difficile, marqué par l’agression de la Russie contre l’Ukraine, la résurgence des migrations et de l’inflation, sans parler de l’urgence climatique, des retombées de la pandémie et de la fragilité de l’économie. Toutes les opérations de la CEB ont été examinées à la lumière des questions transversales définies dans le Cadre, à savoir le climat et le genre.
Les projets d’investissement de l’année écoulée se sont alignés sur la Déclaration de Reykjavík, adoptée par les Chefs d’État et de Gouvernement lors du 4ème Sommet du Conseil de l’Europe en 2023. Cette Déclaration appelait la CEB à “se concentrer sur les dimensions sociales du changement climatique” et à “aider les États membres à réaliser une transition juste et inclusive”, et s’inscrivait dans le cadre de l’exploration actuelle par la Banque des liens entre les objectifs sociaux et climatiques (voir le Rapport du Gouverneur 2022). Lors de la conférence des Nations Unies sur le climat (COP 29) qui s’est tenue à Bakou (Azerbaïdjan) en novembre, la CEB a souligné l’importance de l’action sociale pour parvenir à une transition juste vers une économie à faibles émissions de carbone, à la fois en préservant le bien-être des groupes vulnérables touchés par la transition, et en renforçant les efforts plus généraux d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
En outre, la CEB a profité de sa solide performance pour se doter des moyens nécessaires et se préparer aux défis sociaux à venir. Cela a nécessité une action en interne afin d’améliorer les processus administratifs et les flux de travail, par exemple en approfondissant l’application des systèmes numériques, tout en actualisant les normes de la Banque en matière de protection environnementale et sociale.
Les donateurs et les partenariats restent essentiels
L’amélioration des performances a également impliqué la recherche d’un soutien supplémentaire de partenariats afin de renforcer la portée et l’impact de la CEB. Grâce à l’accord de garantie InvestEU signé avec la Commission européenne en 2022, la Banque a émis plus de 460 millions d’euros de financements supplémentaires pour des projets à forte valeur sociale dans les États membres de l’UE et de la CEB, notamment pour soutenir des initiatives en faveur des entreprises sociales et de la microfinance destinée aux petites entreprises. Depuis qu’elle a rejoint la Plateforme de conseil InvestEU en janvier 2023, la CEB a approuvé avec succès 23 projets d’assistance technique, pour un montant total de 5,1 millions d’euros, parmi lesquels 18 projets ont été approuvés en 2024 pour un montant total de 2,2 millions d’euros.
La CEB et les autres participants au Cadre d’investissement pour les Balkans occidentaux (WBIF) ont célébré 15 ans d’investissement en faveur de la convergence de la région avec l’UE et de son intégration. À ce jour, les projets de la CEB ont bénéficié de 143 millions d’euros de dons du WBIF, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé. La CEB a également renforcé sa coopération avec les banques multilatérales de développement (BMD) homologues et, en décembre, elle a assumé pour la première fois la présidence du Groupe des Dirigeants des BMD, un forum de dialogue et de coordination. Les BMD ont progressé dans leur collaboration en tant que système, comme le demandait le G20, en continuant à mener des réformes pour améliorer leurs opérations. Le premier résultat très visible de cet effort commun a été un engagement à stimuler le financement de l’action climatique et à porter une attention soutenue au développement durable, parmi d’autres défis mondiaux pressants. La présidence de la CEB s’attachera à donner un élan à cette collaboration renforcée, tout en apportant ses propres perspectives en tant que banque de développement social de choix pour l’Europe.
En outre, la CEB continuera à servir de rempart pour ses pays membres en ces temps incertains, en puisant dans ses connaissances, son expérience, ses compétences et ses ressources pour promouvoir l’inclusion sociale et la solidarité, tout en œuvrant aux côtés des communautés locales pour forger une Europe prospère et résiliente.
©CEB 2025
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