Soutenir les groupes vulnérables est une nécessité stratégique
La décision de la CEB, dans le cadre de son Plan de Développement 2020-2022, de se concentrer davantage sur les personnes vulnérables dans le cadre de ses trois domaines d’action prioritaires, s’est avérée opportune lors de la pandémie de Covid-19 qui a touché de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables de la société. Le creusement des inégalités au sein des pays provoquait déjà de nouvelles demandes d’aide pour les personnes se situant dans le bas de l’échelle des revenus. Ce groupe très vulnérable est le plus exposé au risque de tomber dans la pauvreté et l’exclusion sociale, et peut représenter, d’après les données Eurostat pour 2021, jusqu’à un cinquième des ménages ayant des enfants à charge en Europe. L’agression russe contre l’Ukraine, dans un contexte d’inflation rampante et de ralentissement économique, a aggravé la situation. En 2022, les nouvelles approbations de prêts en faveur des groupes vulnérables ciblaient majoritairement, et à juste titre, les réfugiés provenant d’Ukraine et leurs communautés d’accueil dans les pays européens, comme décrit dans le chapitre précédent.
Cependant, l’inclusion sociale consistant à ne laisser personne sur le bord de la route, la CEB a également poursuivi des initiatives sur d’autres fronts, notamment par des prêts et dons en faveur de la santé, du logement social, de l’éducation et de la formation, et des financements pour améliorer les conditions de vie élémentaires en prison.
En 2022, un tiers de l’ensemble des prêts approuvés a directement bénéficié à des groupes vulnérables, soit une proportion en hausse par rapport à 2021. Cette ligne d’action revêt une importance telle que la CEB abordera systématiquement, en application de son Cadre Stratégique 2023-2027, l’ensemble de ses opérations de prêt sous l’angle de la vulnérabilité, pour identifier avec précision les sources de vulnérabilité que chaque projet vise à corriger, afin de concevoir de meilleures solutions et renforcer la cohésion sociale.
Aide sociale pour les populations âgées et vulnérables

Santa Luisa de Marillac est un centre de soins pour personnes âgées (residencia de ancianos) à Almeria, en Andalousie, une région autonome d’Espagne. Appartenant à une fondation à but non lucratif, il peut accueillir jusqu’à 37 résidents âgés de plus de 65 ans. À 350 km à l’ouest d’Almeria, à Écija, se trouve un autre centre d’aide sociale, la Residencia Polaris, qui s’adresse aux personnes en situation de handicap. Ces deux exemples font partie des nombreux centres d’aide sociale ayant bénéficié d’un prêt de la CEB de 200 millions d’euros destiné à aider l’Andalousie à financer ses besoins sociaux.
L’investissement dans l’aide sociale aux personnes vulnérables et la promotion de l’inclusivité et d’une meilleure santé font partie des missions premières de la CEB, et l’Andalousie incarne les défis de ces questions. Cette région est la plus peuplée d’Espagne avec plus de 8,4 millions d’habitants, dont près d’un cinquième ont plus de 65 ans, et beaucoup d’entre eux ont bientôt 90 ans. Cette tendance démographique correspond aux chiffres nationaux, mais le PIB par habitant de l’Andalousie ne représente que 75% de la moyenne nationale. De plus, la région compte quelque 400 000 personnes de moins de 65 ans en situation de handicap.
En 2022, les autorités andalouses ont alloué un budget de près de 1,6 milliard d’euros à l’aide sociale, dont 1,4 milliard d’euros pour les personnes âgées ou en situation de handicap. La région a lancé différentes stratégies et plans d’action pour améliorer ses services sociaux, complétés par des services interactifs en ligne d’information et d’assistance. Le prêt de la CEB aide à financer la fourniture de services auprès de maisons de retraite et de centres d’accueil de jour, et d’autres services d’assistance de base pour ces groupes vulnérables, notamment des services d’aide à domicile. Il pourrait bénéficier à près de 1,9 million de personnes, tant dans les centres d’aide sociale que dans les ménages avec personnes dépendantes.
De nouveaux bâtiments scolaires dynamisent Malmö

Avec son port industriel historique, Malmö est la troisième plus grande ville de Suède. Située dans le détroit d’Öresund, en face de Copenhague (Danemark), Malmö a toujours attiré les travailleurs étrangers. Sévèrement touchée par le chômage, Malmö a entrepris une transition pour devenir une ville plus verte, tournée vers les hautes technologies et la culture. L’éducation, et notamment la scolarité obligatoire, est une priorité pour la ville de Malmö, qui bénéficiera d’un prêt supplémentaire de 80 millions d’euros, venant s’ajouter aux 160 millions initialement approuvés pour la période 2016-2017 afin de contribuer au financement de la construction et de la rénovation d’établissements scolaires, pour un coût total prévu de 420,5 millions d’euros. Le prêt initial a été entièrement décaissé et alloué à 65 projets éligibles de construction ou de rénovation d’écoles. La CEB a également soutenu la ville en délivrant des recommandations techniques sur la manière d’améliorer l’efficacité de ces investissements. Ces recommandations portaient notamment sur l’implication des différents acteurs dans le processus de planification, sur le soutien aux enseignants dans le développement de leurs compétences pédagogiques dans les nouveaux environnements d’apprentissage, et sur le temps et les ressources à consacrer à l’ensemble de la communauté scolaire pour qu’elle s’approprie ces nouveaux espaces, tout en fournissant des retours d’expérience aux organes de planification sur les améliorations possibles pour les futurs investissements.
Les avantages de ces projets, qui portent sur les établissements de scolarité obligatoire, maternelles comprises, et qui respecteront des normes environnementales et énergétiques strictes, devraient s’étendre au-delà des communautés locales et bénéficier également aux personnes déplacées, notamment les réfugiés d’Ukraine.
Voir CEB (2020), “School Design and Learning Environments in the City of Malmö, Sweden”, Série Analyses thématiques, Paris.
L’amélioration de la qualité des prisons présente de nombreux avantages, notamment l’aide aux personnes confrontées à des problèmes sociaux et personnels avant leur incarcération, et l’instauration d’un environnement de travail efficace pour le personnel pénitentiaire.
Moderniser les prisons pour soutenir les droits des détenus et leur réinsertion

L’amélioration de la qualité des établissements pénitentiaires en Serbie est l’objectif de ce prêt de la CEB de 30 millions d’euros. Le Conseil de l’Europe défend les droits humains fondamentaux et la dignité de tous les citoyens. Il est impératif d’offrir des conditions de vie décentes en prison, non seulement pour le bien-être des détenus, mais également pour leur réinsertion future dans la société. L’amélioration de la qualité des prisons présente de nombreux avantages, notamment l’aide aux personnes confrontées à des problèmes sociaux et personnels avant leur incarcération, et l’instauration d’un environnement de travail efficace pour le personnel pénitentiaire. En outre, il existe des normes internationales à respecter, notamment les Règles pénitentiaires européennes, et de plus en plus de pays modernisent leurs centres pénitentiaires, par exemple pour répondre aux critères d’adhésion à l’UE.
Cette volonté d’amélioration est l’une des motivations du prêt de la CEB, le troisième de la Banque pour la rénovation des prisons serbes. Il cofinancera la construction d’une nouvelle prison dans la ville de Kruševac et d’un nouveau bâtiment d’hébergement dans la prison de Sremska Mitrovica. Le coût du projet est estimé à 42,3 millions d’euros.
Le projet concerne le remplacement de bâtiments délabrés, dont certains datent de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux seront menés conformément aux Règles pénitentiaires européennes et contribueront à appuyer la candidature de la Serbie à l’adhésion à l’UE.
Avant tout, le prêt devrait générer d’importants avantages sociaux. Les nouvelles prisons comprendront des installations modernes conçues pour répondre aux problèmes menant à la criminalité, comme l’addiction, les difficultés d’apprentissage et le manque de compétences, ainsi qu’aux problèmes affectant directement le bien-être des détenus, comme la surpopulation carcérale. Les installations intègreront des ateliers, des équipements sanitaires et sportifs, des salles de classe, des bibliothèques et des espaces culturels, ainsi que des espaces réservés aux visites familiales, le but étant de favoriser la réinsertion en encourageant un esprit de communauté positif.
Les projets devraient également bénéficier aux communautés locales par l’amélioration des routes d’accès et des services locaux et, outre leur faible empreinte carbone, contribuer aux Objectifs de développement durable des Nations Unies relatifs aux inégalités et à la justice.
Un don de 100 000 euros issu du Fonds d’investissement social vert (GSIF) de la CEB financera des mesures de réduction de la consommation d’énergie de ces deux prisons. Le projet visera en outre à impliquer les détenus dans la mise en œuvre des mesures d’efficacité énergétique, au moyen de formations professionnelles et de l’apprentissage par la pratique.
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