Assemblées annuelles du FMI-GBM 2022 - Comité du développement (Washington DC, 14 octobre 2022)

Déclaration du Gouverneur Monticelli, Observateur

Telle que préparée pour être délivrée.

Je suis reconnaissant de l’occasion qui m’est donnée de partager le point de vue de la Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB) sur la crise alimentaire et énergétique, et ses implications pour la cohésion sociale.

Permettez-moi de commencer par réaffirmer la solidarité de la CEB avec le peuple ukrainien et tous ceux qui souffrent de la guerre actuelle et de ses répercussions. Conformément à son mandat, la CEB soutient les réfugiés fuyant l’Ukraine, leurs communautés d’accueil et toutes autres personnes vulnérables à travers l’Europe - y compris sur le territoire ukrainien dès que le processus d’adhésion à la CEB sera achevé.

L’insécurité alimentaire et la pauvreté énergétique s’accroissent

Le monde est confronté à une crise alimentaire et énergétique d’une ampleur sans précédent. Cette crise plonge des millions de personnes dans la pauvreté et exacerbe des inégalités profondément ancrées, déjà intensifiées par la pandémie de Covid-19.

L’Europe ne fait pas exception. Déjà en 2020, environ 56 millions de personnes à travers les 42 pays membres de la CEB (10% de la population totale) n’étaient pas en mesure de chauffer suffisamment leur maison. Avec la flambée actuelle des prix du gaz et de l’électricité, la pauvreté énergétique est galopante.

Le problème de l’insécurité alimentaire - le manque d’accès à une alimentation saine, nutritive et adéquate – s’est également accru dans le monde, y compris en Europe. En 2019, 65 millions de personnes, soit environ 11,6% de la population des pays membres de la CEB, n’avaient pas les moyens de s’offrir un repas tous les deux jours. Avec la pandémie de Covid-19, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire a augmenté de 9 millions, pour atteindre 74 millions (13,2% de la population totale) en 2020.

La flambée des prix de l’énergie et d’autres intrants, tels que les engrais, a désormais de graves répercussions sur la production alimentaire en Europe. Les prix des denrées alimentaires ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis 50 ans et les producteurs mettent en garde contre des pénuries imminentes. Une nouvelle détérioration de la sécurité alimentaire est donc pleinement à envisager.

Les crises touchent de manière disproportionnée les plus vulnérables aggravant des problèmes hérités du passé.

Dans l’ensemble, les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables subissent de plein fouet les répercussions économiques de la guerre. La hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires pèse très lourdement sur le budget des familles à faible revenu. Les pressions inflationnistes érodent encore plus les revenus, les travailleurs de nombreux pays européens ayant déjà constaté de fortes baisses de leurs salaires en termes réels.

Dans ce contexte, l’Europe est également confrontée à un agenda de développement social inachevé qui précède de loin les crises du Covid-19 et d’Ukraine. Les progrès ont ralenti, voire se sont arrêtés, dans des domaines clés de l’Agenda 2030 pour le développement durable, y compris en ce qui concerne les Objectifs de développement durable éminemment “sociaux”. Malgré des évolutions positives au cours de la dernière décennie, un Européen sur cinq est menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale. L’égalité d’accès à des services essentiels abordables et de qualité reste un défi majeur. De plus en plus de personnes sont exclues des marchés du logement en raison de leur prix et vivent dans des conditions inférieures aux normes, énergivores, surpeuplées et parfois dangereuses. La crise climatique, avec son impact disproportionné et croissant sur les groupes vulnérables, se développe comme une crise sociale.

L’insécurité alimentaire et la pauvreté énergétique nuisent à la cohésion sociale

Selon la définition du Conseil de l’Europe, la cohésion sociale est la capacité d’une société à assurer le bien-être de tous ses membres, en minimisant les disparités et en évitant la polarisation.

Par leur impact négatif direct sur la santé, le bien-être et la qualité de vie des personnes touchées, la pauvreté énergétique et l’insécurité alimentaire érodent la cohésion sociale. De même, les communautés présentant un faible niveau de cohésion sociale sont également associées à une plus forte prévalence de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté énergétique, même après prise en compte des facteurs socio-économiques au niveau des ménages. En outre, au fil du temps, la pauvreté énergétique et l’insécurité alimentaire entravent la constitution du capital humain, ce qui a un impact négatif sur la productivité, la croissance et les inégalités.

La mission de la CEB est plus pertinente que jamais

La mission de la CEB est de promouvoir la cohésion sociale en Europe. La CEB poursuit sa mission en finançant des projets à destination des groupes vulnérables et augmentant le bien-être des membres les plus défavorisés et marginalisés de la société.

Dans le contexte actuel, le mandat de la CEB est plus pertinent que jamais. Les multiples crises que connaît l’Europe convergent au détriment des plus vulnérables, s’ajoutant à un agenda social inachevé et entravant la cohésion sociale. Avec ses pays membres répartis dans toute l’Europe et son mandat social unique, la CEB a un rôle spécial et distinct à jouer afin d’atténuer les effets de la crise énergétique et alimentaire dans toute la région.

La CEB a déployé ses ressources pour soutenir les personnes touchées par la guerre en Ukraine depuis le début. À ce jour, la CEB a accordé plus de 1,3 milliard d’euros de prêts d’urgence de manière accélérée et près de 6 millions d’euros de dons en faveur de personnes fuyant le conflit et de leurs communautés d’accueil. Afin de soutenir ces opérations, la CEB a émis deux obligations d’inclusion sociale, en avril et juin 2022. L’adhésion prochaine de l’Ukraine à la CEB lui permettra de lancer des opérations sur le terrain et d’approfondir son action à destination des personnes les plus touchées par la guerre.

La CEB peut tirer parti de décennies d’expérience dans le financement de logements sociaux et abordables pour les populations vulnérables qui sont efficaces sur le plan énergétique, contribuant ainsi à réduire la pauvreté énergétique tout en soutenant des quartiers mixtes et inclusifs. La CEB reconnaît l’importance du lien entre le changement climatique et la cohésion sociale et intègre donc les considérations climatiques dans tous ses investissements sociaux publics. La CEB travaille également avec ses clients financiers intermédiaires pour aider les micros, petites et moyennes entreprises à bénéficier de la transition énergétique et à créer des emplois durables.

Aller de l’avant

En cette période de turbulences, le soutien des BMD - conformément à leurs rôles et mandats spécifiques - sera déterminant pour contrer rapidement les effets de la crise sur la pauvreté et les inégalités. Il sera essentiel de mettre l’accent sur l’aide aux personnes vulnérables et à faible revenu pour résister à la tempête de la crise alimentaire et énergétique, et pour alléger les répercussions de la guerre en Ukraine.

La CEB est fière de travailler main dans la main avec les partenaires de développement concernés afin d’identifier les synergies et maximiser notre impact collectif. Tournée vers l’avenir, la CEB est prête à agir comme un partenaire de choix, en déployant ses ressources là où elles sont le plus nécessaire pour atteindre une plus grande cohésion sociale pour tous.