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RHP : construire des logements, renforcer la coopération régionale

800 familles relogées en 2016.

Marko and Dusica Uzelac, Obrenovac, Serbia
Marko and Dusica Uzelac, Obrenovac, Serbia
Marko et Dusica Uzelac sont arrivés en Serbie à l’été 1995, juchés sur un tracteur, avec pour seules possessions les quelques effets personnels qu’ils pouvaient porter. Ils ont fini par s’installer chez des proches à Obrenovac, dans un appartement de 50 m2 qui accueillait parfois jusqu’à une vingtaine de personnes en même temps. Marko, qui travaillait comme cuisinier en Croatie, a rapidement déniché des petits boulots de serveur pour subvenir aux besoins de sa famille. En revanche, trouver un logement pérenne pour eux quatre s’est avéré hors de portée.  

La famille Uzelac fait partie des quelque trois millions de réfugiés déplacés à l’intérieur de l’ex-Yougoslavie et par-delà ses frontières suite aux conflits armés survenus dans les années 1990. Depuis vingt ans, bon nombre de ces réfugiés ont réussi à refaire leur vie en s’intégrant dans leur contrée d’adoption, en s’installant ailleurs ou en retournant au pays. Cependant, la région compte encore des dizaines de milliers de personnes déplacées, dont beaucoup vivent dans des conditions précaires et sans logement permanent.  

Le RHP : des solutions pérennes pour les réfugiés  

Depuis 2011, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro et la Serbie ont repris leur coopération mutuelle et réaffirmé leur volonté de mettre fin à la situation de déplacement prolongé des populations les plus vulnérables. C’est ainsi que le Programme régional de logement (RHP) a vu le jour.  

Cette initiative régionale, qui s’inscrit dans le cadre du Processus global de Sarajevo, est approuvée par la communauté internationale, notamment l’Union européenne (représentée par la Commission européenne), les États-Unis d’Amérique, la Banque de Développement du Conseil de l’Europe (CEB), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).  

Aider les plus vulnérables en fonction de leurs besoins  

Le processus de sélection des bénéficiaires est un élément clé du RHP dont le suivi est assuré par le HCR et l’OSCE. Il a pour vocation de veiller à ce que les logements du RHP soient effectivement mis à la disposition des personnes qui en ont le plus besoin, qu’elles soient réfugiées ou déplacées. Fin 2016, la plupart des 7 900 familles bénéficiant des financements actuellement disponibles dans le cadre du RHP avaient déjà été sélectionnées.  

Les bénéficiaires du RHP, comme la famille Uzelac, ont le choix entre le retour volontaire ou la réintégration dans leur lieu d’origine, ou bien l’intégration dans leur lieu de résidence actuel. Par ailleurs, ils se voient offrir le logement le mieux adapté à leurs besoins et à leur profil familial. Ces modalités impliquent de construire de nouveaux immeubles résidentiels, de reconstruire/rénover des immeubles ou des maisons déjà existants, de fournir des lots de matériaux de construction, de mettre à disposition des maisons préfabriquées et d’acquérir des appartements ou des maisons de village.  

Marko et Dusica Uzelac ont choisi d’acheter une maison dans le village dans lequel ils vivent depuis des années, non loin de leurs filles aujourd’hui adultes et de leurs six petits-enfants. Ils sont heureux d’avoir un potager où ils peuvent cultiver des légumes.  

Pour d’autres réfugiés, notamment les personnes âgées, les appartements sont généralement une meilleure option. Cela a été le cas pour Petar Eror, rapatrié en Croatie, qui a vécu pendant des années dans une maison de village délabrée et isolée avant de partir s’installer à Korenica dans un appartement construit grâce au RHP.  

“Honnêtement, j’ai obtenu bien mieux que ce que je pouvais imaginer”, déclare Eror. “Le centre de soins est à 80 mètres à peine, j’ai un kiosque à journaux, des commerces, des voisins… tout ce qu’il me faut. Je n’ai plus l’âge d’aller couper du bois ni de porter des charges lourdes”.

Renforcement de la coopération régionale

Ivica Dačić, First Deputy Prime Minister of Serbia with Michael Devenport, Head of the EU Delegation to Serbia
Ivica Dačić, First Deputy Prime Minister and Minister of Foreign Affairs with Michael Davenport, Head of the EU Delegation to Serbia
L’une des clés de voûte du RHP est sa dimension régionale. “L’envergure de ce programme dépasse les frontières de nos pays et prouve que la coopération et la réconciliation régionales peuvent apporter des solutions au problème de longue date des réfugiés dans notre région”, affirme Ivica Dačić, Vice-Président du gouvernement de Serbie.  

Les quatre pays partenaires travaillent en étroite collaboration pour atteindre leur objectif commun. Ils se soutiennent mutuellement et échangent des informations au quotidien afin de mettre en œuvre le RHP à un rythme soutenu, de trouver des synergies dans leurs travaux et de tirer des enseignements de leurs expériences respectives dans le cadre de ce Programme.  

“Il est important de souligner que le RHP bénéficie non seulement aux populations déplacées mais aussi à l’ensemble de la région, puisqu’il contribue à la stabilité et aux relations de bon voisinage”, déclare Semiha Borovac, Ministre des Droits de l’homme et des Réfugiés de Bosnie-Herzégovine.  

Renforcement des capacités locales  

L’un des facteurs qui distinguent le RHP des autres programmes de logement dans la région réside dans sa forte appropriation par les pays partenaires. Cette particularité contribue à renforcer la capacité institutionnelle des pays à mettre en œuvre des projets, conformément aux directives de l’Union européenne. Le soutien aux structures nationales est assuré au moyen d’une assistance technique intégrée au sein des institutions chargées de la mise en œuvre, afin d’appuyer l’exécution et la gestion des projets. Cette assistance technique est financée par l’Union européenne et acheminée par la CEB.  

Le RHP contribue également à renforcer la coopération entre l’État et les administrations autonomes locales, car le programme est mis en œuvre dans des centaines de municipalités de la région. Le soutien accordé par les municipalités au RHP est décisif. En effet, celles-ci se chargent de délivrer les permis de construire et les certificats d’approbation technique, ainsi que de fournir des terrains et des infrastructures. Les administrations locales maîtrisent en grande partie les projets et participent activement à leur mise en œuvre, y compris en ce qui concerne la passation des marchés et la sélection des bénéficiaires.  

Donateurs  

Lors d’une réunion de l’Assemblée des Donateurs qui s’est tenue il y a peu à Paris, l’Union européenne, représentée par la Commission européenne (le principal donateur du RHP), a annoncé son intention de s’acquitter entièrement de son engagement relatif au montant initialement promis au RHP. 

Les nouveaux fonds devraient permettre de financer jusqu’à 3 000 logements supplémentaires d’ici 2021. Par ailleurs, l’Allemagne s’est engagée à verser 1 million d'euros supplémentaires au Fonds.

L’Italie, la Norvège, la Suisse, le Danemark, la Turquie, le Luxembourg, Chypre, la Roumanie, la République slovaque, la République tchèque et la Hongrie, contribuent également au RHP.  

Les parties prenantes du RHP ont reconnu que des progrès considérables ont été réalisés dans la mise en œuvre du programme, qui en est à sa quatrième année. À la fin de l’année 2016, près d’un millier de logements auront été livrés, et ce chiffre devrait quadrupler en 2017. En 2018, il est prévu de mettre environ 8 000 logements à disposition de quelque 23 000 réfugiés ou personnes déplacées en situation de vulnérabilité.  

Pour reprendre les mots de Marko Uzelac : “Il est bon de savoir que quelqu’un se soucie de nous”.